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L'Annécien

Marché, foncier et logement dans le bassin d'Annecy.

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Le nombre de frontaliers d'une commune se lit dans deux statistiques qui ne se recouvrent pas

Le recensement français compte des habitants qui déclarent travailler en Suisse ; la statistique fédérale compte des titulaires d'un permis frontalier. Les deux chiffres circulent sous le même nom, et un raisonnement sur le marché bâti sur le mauvais produit une conclusion fausse.

La rédaction Publié le 18/09/2026 Mis à jour le 18/09/2026

« Un actif sur trois travaille en Suisse. » Ce genre de phrase accompagne régulièrement les analyses du marché annécien, et elle est souvent invérifiable telle qu’elle est écrite : on ne sait ni de quelle source elle vient, ni à quel territoire elle s’applique, ni à quelle date. Or le mot « frontalier » recouvre au moins deux comptages officiels, construits pour des besoins différents, qui ne donnent ni les mêmes totaux ni la même géographie.

Pour quiconque cherche à mesurer le poids de la demande frontalière sur une commune du bassin, la première question n’est pas « combien ? » mais « compté par qui, et comment ? ».

Le comptage français : le recensement de la population

L’INSEE mesure le travail frontalier à partir du recensement de la population. Chaque personne recensée indique sa commune de résidence et son lieu de travail. Est comptée comme travailleur frontalier, dans les publications de l’INSEE, une personne résidant en France et déclarant travailler dans un pays voisin, dont la Suisse.

Trois caractéristiques en découlent.

La géographie est celle de la résidence, à la commune. C’est le seul comptage public qui permette de dire combien d’habitants d’une commune donnée du bassin travaillent en Suisse.

La donnée est déclarative et couvre toutes les nationalités. Un résident de nationalité française, suisse ou autre, qui déclare travailler en Suisse, entre dans le compte. Le statut administratif du travailleur n’est pas en cause.

La date est lissée. Depuis la rénovation du recensement, les résultats d’un millésime cumulent plusieurs enquêtes annuelles. Un chiffre « de l’année N » décrit en réalité une période de cinq ans centrée sur une date antérieure. Sur une population qui a fortement varié, ce décalage compte.

Le comptage suisse : la statistique des frontaliers

L’Office fédéral de la statistique publie la statistique des frontaliers, dite STAF. Elle dénombre, chaque trimestre, les frontaliers étrangers actifs en Suisse, à partir de sources administratives : le système d’information central sur la migration, les données de l’assurance vieillesse et survivants, et la formation professionnelle initiale. Le frontalier y est, pour l’essentiel, le titulaire d’une autorisation frontalière, le permis G.

La géographie est celle du lieu de travail et du département de résidence. La statistique ventile les frontaliers par canton de travail et par département de résidence, pas par commune française.

Seuls les étrangers sont comptés. Un ressortissant suisse, ou un binational qui réside dans le bassin et travaille à Genève, n’a pas de permis G. Il n’apparaît pas dans cette statistique.

La date est fraîche. La publication trimestrielle permet de suivre les évolutions presque en temps réel, ce que le recensement ne permet pas.

Deux chiffres, deux objets

Recensement INSEEStatistique des frontaliers OFS
Ce qui est comptéDes résidents en France qui déclarent travailler en SuisseDes frontaliers étrangers actifs en Suisse
NationalitéToutesÉtrangers seulement ; Suisses et binationaux absents
Nature de la sourceDéclaration au recensementRegistres administratifs
Maille géographique la plus fineCommune de résidenceDépartement de résidence, canton de travail
FraîcheurRésultats lissés sur plusieurs annéesTrimestrielle
Usage pertinentComparer les communes du bassinSuivre la tendance récente

Les deux séries ne s’additionnent pas et ne se corrigent pas l’une par l’autre. L’écart entre elles n’est pas une erreur : il résulte des définitions. Il est d’autant plus marqué dans un territoire où résident des Suisses et des binationaux, qui gonflent la série française et échappent à la série fédérale.

Un troisième décompte, administratif

Un troisième dénombrement existe, sans vocation statistique. La compensation financière genevoise, prévue par l’accord franco-suisse du 29 janvier 1973, est reversée aux départements de l’Ain et de la Haute-Savoie, qui en redistribuent une partie aux communes. Pour cette répartition, les communes procèdent chaque année à un recensement des travailleurs frontaliers travaillant à Genève, et appellent notamment leurs résidents de nationalité suisse ou binationaux à se déclarer.

Ce décompte a une finalité budgétaire. Il ne porte que sur l’emploi genevois, il dépend de la diligence des déclarations, et il ne se présente pas comme une statistique publique. Les éléments de répartition sont publiés par l’État de Genève ; ils renseignent sur la mécanique financière, pas sur la structure du marché immobilier.

D’autres organismes publient enfin des données sur les frontaliers qui relèvent de leur propre activité, par exemple en matière de protection sociale. Elles décrivent des affiliés ou des cotisants selon les règles de chaque régime, et ne se comparent pas davantage aux deux statistiques principales.

Ce que ces chiffres permettent de dire du marché

Aucune de ces sources ne dit combien de logements ont été achetés par des frontaliers. Le fichier public des mutations ne contient aucune information sur l’acquéreur, et aucune de ces statistiques ne suit une transaction.

Ce qu’elles permettent est plus modeste et plus solide.

  • Comparer les communes entre elles, à partir du recensement : la part des actifs résidents travaillant en Suisse varie d’une commune à l’autre, et elle se relève commune par commune.
  • Dater une évolution, à partir de la statistique fédérale : une hausse ou une baisse trimestrielle du nombre de frontaliers résidant en Haute-Savoie précède ce que le recensement montrera des années plus tard.
  • Croiser avec le parc de logements : la même source INSEE donne la structure du parc et la part des résidences secondaires, ce qui permet de lire deux pressions distinctes sur une même commune.

Les mécanismes de revenu, de fiscalité et de crédit qui font la spécificité de cette demande sont décrits dans la note sur les frontaliers et le pouvoir d’achat immobilier.

Quatre erreurs de lecture fréquentes

Prendre un chiffre départemental pour un chiffre communal. Un total de la statistique fédérale porte sur la Haute-Savoie entière ; il ne se répartit pas au prorata de la population.

Comparer deux millésimes de sources différentes. Rapprocher un chiffre du recensement d’un chiffre trimestriel suisse pour conclure à une hausse revient à comparer deux objets.

Oublier le télétravail. Un frontalier qui travaille une partie de la semaine à domicile reste compté dans les deux sources, mais son arbitrage entre temps de trajet et lieu de résidence n’est plus celui d’un navetteur quotidien.

Confondre actifs et ménages. Les deux statistiques comptent des personnes en emploi. Un ménage dont un seul membre travaille en Suisse n’est compté qu’une fois ; un ménage où deux conjoints y travaillent l’est deux fois.

Où vérifier

Les résultats du recensement de la population relatifs au lieu de travail se consultent sur insee.fr, dans les bases et dossiers communaux ; l’INSEE Auvergne-Rhône-Alpes a publié plusieurs études consacrées au travail frontalier vers la Suisse, dont la méthode est décrite dans chaque publication.

La statistique des frontaliers (STAF) et sa documentation méthodologique sont publiées par l’Office fédéral de la statistique sur bfs.admin.ch. Les éléments de répartition de la compensation financière genevoise sont publiés par l’État de Genève sur ge.ch ; l’accord du 29 janvier 1973 se consulte sur Légifrance.

Informations relevées le 15 septembre 2026. Aucun effectif n’est repris ici : chaque source indique son millésime, et un nombre de frontaliers n’a de sens qu’avec sa définition et sa date.

Sources

Les références citées dans cette page renvoient au texte en vigueur à la date indiquée.